L’ascension du mont Fuji

août 13th, 2008 by admin

Vous avez tous déjà vu le mont Fuji (Fuji-san), dont les représentations sont nombreuses et circulent partout, même en occident. Les plus célèbres, sans doute aussi les plus belles, sont les gravures du XIXe siècle, et notamment d’Hokusai : Trente-six_vues_du_mont_Fuji .
Ce volcan, visible depuis Tokyo, à une centaine de kilomètres, a en effet une forte valeur esthétique grâce à sa hauteur (c’est à 3776 m le sommet le plus haut du Japon), sa belle symétrie, son sommet enneigé une grande partie de l’année. Mais il a aussi depuis des siècles une forte dimension religieuse. Son ascension a d’ailleurs longtemps représenté un pèlerinage, interdit aux femmes jusqu’au XIXe siècle. Vous pourrez d’ailleurs constater que cette dimension processionnelle n’a pas tout à fait disparu…

Le mont vu depuis la 5e station

Le mont vu depuis la 5e station

Bref, il fallait absolument que nous voyions de près la montagne sacrée au cours de notre séjour. Pas fous, nous pensions tout d’abord éviter la chaleur et l’affluence estivales en attendant le mois de septembre. Las, les refuges et les lignes de bus ne sont ouverts qu’aux mois de juillet et août. Nous aurions pu, comme beaucoup, nous arrêter à la cinquième station, le plus haut point accessible par la route, qui consiste en un grand parking, un temple shinto et, bien sûr, des boutiques souvenirs ! Le problème, c’est que de là, on ne voit absolument pas la montagne ! Nous pouvions aussi attendre l’hiver pour l’apercevoir depuis les hauteurs d’une tour à Tokyo… pas vraiment satisfaisant. Nous avons donc réservé à la hâte refuge et transports, et nous voilà partis pour le mont Fuji ! Et quitte à grimper, on décide de jouer le jeu jusqu’au bout et d’arriver au sommet avant l’aube pour assister au lever du soleil, spectacle très apprécié des Japonais.

Nous partons donc lundi matin, avec dans les sacs de l’eau, de la crème solaire, des manteaux de ski et des lampes frontales. Il faut prendre deux trains depuis Tokyo, puis un bus qui fait la navette jusqu’à la cinquième station. Pour le retour, heureusement, nous avons pu avoir un bus direct de la 5e station à la gare de Tokyo, où nous pourrons récupérer un peu !
A la 5e station, nous découvrons à quel point la destination est touristique :

Quelques touristes

Quelques touristes

Petits restaurants, souvenirs plus ou moins kitsch, vendeurs ambulants de poulpes grillés (ben oui, les hot dogs ne sont pas trop à la mode dans le coin), et bien sûr les chalands qui vont avec…

Du poulpe pour se mettre en jambe

Du poulpe pour se mettre en jambes

Un bol de soupe aux nouilles et c’est parti !

Avant...

Avant…

Nous sommes surpris d’arriver très vite à la 6e station, par un chemin très aisé, large et somme toute peu pentu. Enfin, on se méfie quand même aux visages épuisés de ceux qui redescendent… Entre la 6e et la 7e, ça va toujours. La pente augmente un peu, mais pas de problème particulier. Pour tout dire, je suis même assez fière, pour une fois, de doubler tout le monde !

Le chemin entre les 5e et 7e stations

Le chemin entre les 5e et 7e stations

Mais arrivés à la 7e station, surprise : un embouteillage !! Oui, vous avez bien lu : nous sommes en pleine montagne, vers 2 700 m, et nous sommes pris dans un embouteillage de randonneurs.

Embouteillage : vue d'ensemble

Embouteillage : vue d’ensemble (du moins on le croyait…)

Ceci dit, c’est assez reposant, au moins on ne force pas trop le rythme… Nous ne comprenons la cause du bouchon qu’au deuxième ou troisième : on est entré dans un chemin de pierres, un genre de coulée où il faut progresser sur des petits rochers.

Embouteillage : un passage ... "difficile" :o)

Embouteillage : un passage … “difficile” :o)

Le passage ne demande certes pas un brevet d’alpinisme, mais apparemment il y a ici beaucoup de gens inexpérimentés (du genre à poser tout le pied sur la partie lisse et inclinée de la pierre), sans compter les vieillards et les enfants. Ajoutez cela à la présence de nombreux cars, dont les membres s’attendent sagement, à la queue leu leu, et vous avez un kilomètre de bouchon… Bon, assez vite on profite de notre statut d’étrangers sans savoir vivre et on double, puisque le chemin reste finalement assez large et qu’on peut facilement passer à deux là où chacun reste derrière l’autre. Nous sommes finalement sauvés par une averse, qui dure peut-être trente secondes, mais les amène tous à sortir l’équipement imperméable complet (des pieds à la tête, jusqu’au sac à dos). Le temps de l’opération, nous avons laissé derrière nous la plupart des groupes.

Sur le chemin, on s’arrête pour faire graver le bâton acheté au départ, souvenir au demeurant très pratique.

A la 8e station les embouteillages ont donc cessé, mais on a passé les 3000 m et la respiration commence à se faire plus difficile : on fait moins les fiers, et on arrive finalement assez fatigués, après quatre heures de marche, au refuge, à 3 400 m. L’ambiance y est assez sympathique, nous sommes les seuls étrangers. Dîner à 18h30, coucher une heure plus tard, dans des dortoirs communs, où les duvets sont bien collés les uns aux autres…

Dîner (miam...) puis au lit les sardines !

Mais les randonneurs arrivent jusqu’à 11 h, sans aucune discrétion (photos au flash…), et les premiers se lèvent vers minuit et demie. Autrement dit, pas moyen de dormir. Nous nous levons finalement à une heure et partons directement pour les 300 derniers mètres de dénivelé.

Et là, nouvelle surprise, le flot des randonneurs a déjà repris. Il doit faire près de zéro degré, tout le monde a un gros blouson de ski et une lampe frontale. Il se forme déjà comme une procession (ou une retraite aux flambeaux) entre la 7e station et le sommet. C’est assez étrange de participer à ce mouvement.

Retraite aux flambeaux

Retraite aux flambeaux

Nous sommes tous un peu endormis et progressons lentement, les uns derrière les autres.

Mars attacks ?

Mars attacks ?

Ceci dit, le charme de la chose cesse où commence le froid, à force de rester quasi immobiles dans le vent, forcément frais à cette altitude.

Passage d'un tori

Passage d’un tori

Nous arrivons finalement au sommet vers 3h30 (il nous aura donc fallu plus de deux heures pour un trajet qui se fait normalement en une heure et demie).

Les "retardataires", vus du sommet

Les “retardataires”, vus du sommet

On y vend déjà des cafés en cannette, normalement vendus froids, mais réchauffés au bain marie : le bonheur !

"Machine à café"

“Machine à café”

Un "bon" café pour fêter ça !

Un “bon” café pour fêter ça !

Il faut ensuite attendre une heure le lever du soleil.

Certains attendent au chaud en mangeant des nouilles

Certains attendent au chaud en mangeant des nouilles

D'autres (dont nous) attendent dehors

D’autres (dont nous) attendent dehors

Aux premières lueurs, certains marchent toujours

Aux premières lueurs, certains marchent toujours

Comme nous sommes arrivés tôt, nous sommes aux premières loges. C’est assez étrange de penser que nous sommes parmi les premiers à voir le soleil de ce mardi 12 août 2008 ! En fait, le soleil, on ne le voit pas longtemps. On observe surtout pendant plusieurs minutes les nuances de rouge-orangé dans les nuages, puis la bordure des nuages prend une teinte dorée très vive. Le soleil se lève alors assez vite et en quelques petites minutes devient aveuglant et réchauffe déjà l’atmosphère.

Quelques instants avant le lever

Quelques instants avant le lever

Le lever

Le lever

Nous entamons alors le tour du cratère, dans un paysage qui nous semble assez lunaire : des pierres, de la terre poudreuse, rouge et noire. Il faut à peu près une heure pour en faire le tour complet, avant de redescendre.

Le cratère

Le cratère

Marcheurs sur l'arête du cratère

Marcheurs sur l’arête du cratère

L'ombre du mont depuis le sommet

L’ombre du mont depuis le sommet

La descente ne présente pas un grand intérêt, ni de difficulté particulière, si ce n’est celle de la fatigue et de la pente assez forte, dans une espèce de cendre pleine de petites pierres. Trois heures comme ça, c’est long, et c’est douloureux…

Et c'est parti pour 3 heures de descente !

Et c’est parti pour 3 heures de descente !

Nous arrivons à la 5e station épuisés, mais contents de cette expérience, surtout pour le spectacle du lever du soleil et du cratère. Les Japonais disent qu’il faut le faire une fois dans sa vie… une fois !

... et après !

… et après !

Quelques nouilles avant le bus de retour

Quelques nouilles avant le bus du retour

Posté dans Visites hors Tokyo

2 Responses

  1. Steph

    Encore au lit à presque midi, je dis bravo !….et surtout merci, j’ai pu apprécier le spectacle …sans effort.
    Bises
    Steph’

  2. Magali

    Coucou, nous voilà revenus de vacances (beaucoup moins dépaysantes) et je regarde avec beaucoup d’intérêt votre blog. C’est vraiment bien on a l’impression de partager un peu de votre vie. En tout cas la découverte du Mont Fuji avait l’air spectaculaire et je vois que vous êtes devenus de grands sportifs : bravo Stéphanie. Gros bisous de tous les 4 et à bientôt j’espère pour une nouvelle chronique.

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