Tintins reporters en Corée

janvier 13th, 2009 by admin

Certains passent leurs vacances sur la plage ou au ski, d’autres préfèrent les no man’s land. Mais pas un joli coin de désert aménagé pour les touristes, non, une vraie zone vidée d’hommes pour raison de guerre. Quelle drôle d’idée que voilà… certes, mais il aurait été dommage de ne pas profiter de notre séjour à Séoul pour aller voir la zone démilitarisée (DMZ pour les intimes anglophones) qui sépare la Corée du Sud et la Corée du Nord. Petit rappel pour ceux qui n’étaient pas nés ou qui ont séché les cours d’histoire en terminale (c’est pas bien, ça) : suite à l’invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord en 1950, les deux pays ont connu trois ans de guerre jusqu’à l’armistice de 1953, qui a établi autour de la frontière une zone tampon de quatre kilomètres de large (deux de chaque côté), s’étendant sur toute la largeur de la péninsule. De part et d’autre de cette zone sans soldats, les deux pays ont installé un nombre impressionnant de barbelés et de postes militaires, en faisant une des frontières les plus armées au monde… Mais ces deux kilomètres de territoire ne sont pas complètement perdus pour la Corée du Sud, qui y organise des excursions touristiques bien rodées. Nous voilà donc embarqués au petit matin dans un car de Japonais, munis de l’équipement indispensable (un gros pull et un appareil photos) : qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour vous faire un beau reportage !

Si les dentelles du car ne mettent pas immédiatement dans l’ambiance, la route s’en charge assez vite qui est, dès la sortie de Séoul, entièrement bordée de barbelés avec des postes militaires à intervalle assez serré. Il s’agit vraisemblablement d’empêcher une invasion par la mer (on est ici à l’embouchure d’un fleuve).

La situation est de plus en plus claire à mesure qu’on s’approche de la zone démilitarisée : postes de contrôle, ovnis (vraisemblablement ce n’était pas le traineau du père Noël), bas-côtés minés…

… jusqu’aux postes qui longent la ligne de délimitation de la DMZ et dissuadent de la franchir :

L’ambiance se fait cependant toute différente lorsque le car nous dépose sur un grand parking, où attendent déjà un bon nombre de bus, entre des manèges et une boutique souvenirs ! Cette première pause (minutée, soit disant pour des raisons de sécurité…) doit nous permettre de découvrir le “pont de la liberté”, construit en 53 pour l’échange des prisonniers. Ce pont est aujourd’hui bouché par un mur, couvert de messages appelant semble-t-il à la paix et à l’unité.

A côté de ce pont, des Sud-Coréens séparés de leur famille par la frontière on construit un genre d’autel en signe d’espoir, où, si j’ai bien compris, ont lieu des célébrations en chaque début d’année.

Mais le paysage alentour contraste avec cet optimisme et rappelle que la situation est encore très tendue :

Les quatorze minutes étant écoulées, nous remontons dans le car pour la deuxième visite. On nous amène cette fois à un tunnel creusé par les Nord-Coréens en direction du Sud, vraisemblablement dans un but d’invasion afin de passer au-delà de la zone démilitarisée et minée (même s’ils affirment qu’il s’agit d’une mine de charbon et ont déposé de la peinture noire sur les parois pour rendre la chose plus crédible !). Il y aurait une vingtaine de tunnels de ce type : les Sud-Coréens n’en ont pour l’instant découvert que quatre (dans les années soixante dix), dont certains arrivent à seulement cinquante kilomètres de Séoul. Comme les photos sont interdites dans le tunnel, on ne peut vous montrer que l’entrée et le plan (commenté ici par notre guide coréenne). Notez quand même la belle côte qu’il a fallu descendre, et surtout remonter à pied ! A l’intérieur c’est juste un boyau, large comme deux hommes et haut comme un, mais un petit (heureusement pour la tête à tintin on nous avait fourni des casques !).

Sur l’esplanade devant le tunnel, encore un monument appelant à l’unité… et aux photographies des touristes japonais, dirait un cynique. Il est d’ailleurs assez ironique d’imaginer tout l’argent gagné par la Corée du Sud à faire visiter ce tunnel patiemment creusé par les soldats communistes du Nord… Mais là, il vaudrait vraiment être très très cynique pour parler de coopération économique…

La troisième étape nous mène juste à l’entrée de la zone démilitarisée, sur la montagne Dora et son observatoire. Certes, on peut profiter du beau panorama sur les montagnes, mais l’observatoire permet surtout d’offrir aux curieux un regard sur la Corée du Nord (qui est actuellement complètement fermée aux touristes).

On peut voir un morceau de l’autoroute reliant les deux pays et constater qu’elle n’est guère fréquentée :

Elle sert toutefois pour les produits industriels, fabriqués depuis peu à bas coût dans le Nord grâce à des capitaux du Sud (il s’agit cette fois d’un véritable accord de coopération économique signé en 2000), dans des complexes industriels comme celui-ci :

Quant à la Corée du Nord, on ne peut en fait que l’apercevoir au loin :

On voit par contre très nettement son drapeau, en haut d’une tour construite pour le hisser plus haut que celui de la Corée du Sud qui lui fait face… En fait, on voit surtout la tour, car le drapeau est trop lourd pour flotter… Les immeubles qui se trouvent au pied de la tour seraient en fait inhabités, simplement destinés à faire croire que la zone est occupée (il paraît même que toutes les lumières s’allument tous les soirs à la même heure).

Le car s’arrête ensuite une dernière fois, à la gare de Dora. Très grande et moderne, celle-ci a été construite il y a quelques années en prévision d’un éventuel futur trafic ferroviaire entre le Nord et le Sud. Elle n’a jamais servi et n’est aujourd’hui fréquentée que par les touristes (qui peuvent y venir en train de Séoul, mais n’ont pas le droit d’y descendre, le train faisant immédiatement demi-tour).

Si elle est si grande, c’est que le gouvernement a l’espoir qu’elle puisse un jour être un noeud important du trafic ferroviaire eurasiatique par un prolongement du transsibérien. Le projet n’est pour l’instant qu’à l’état de carte :

Par contre, la gare n’a pas pour but de desservir la région, qui est pour ainsi dire inhabitée. La DMZ ne compte en effet qu’environ 500 habitants (côté sud en tout cas), regroupés à Union Village, une ancienne base américaine. Ces personnes sont triées sur dossier par le gouvernement pour venir vivre ici, où elles sont exemptées d’impôts et des deux ans de service militaire. Il faut bien ça pour aller cultiver des terres en zone minée… Nous n’avons qu’aperçu de loin ce village :

Mais cette désertification aurait du bon, puisque la DMZ est paraît-il devenue une sorte de réserve naturelle, où sont réapparues plusieurs espèces de plantes et d’animaux. Voici donc, pour finir sur une note positive, quelques uns des nombreux volatiles que nous y avons vus :

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